EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1900
CHAPITRE V.
INSTITUTIONS PATRONALES
La quatrième et dernière section de la Classe
[109] renfermait des exposants qui appartenaient à six nationalités
différentes : France, Belgique, États-Unis, Italie, Pays-Bas
et Russie.
FRANCE
L'origine des institutions créées par les
patrons en faveur du personnel qu'ils emploient semble se perdre dans la
nuit des temps. Mais ces institutions ont pris une extension considérable
et revêtu des formes toutes nouvelles, lorsque l'industrie pratiquée
dans de vastes établissements s'est substituée à l'industrie
domestique et lorsque les artisans, les petits patrons ont dû quitter
leur atelier familial pour devenir de simples ouvriers d'un chef d'entreprise.
Le développement des institutions patronales a
donc suivi le développement même de la grande industrie et
s'est surtout manifesté dans la seconde moitié du XIX°
siècle. Il se trouve un peu entravé à l'heure actuelle
par les menaces du collectivisme et surtout par la crainte de l'intervention
de l'État. Beaucoup de patrons se montrent découragés
et jugent leur initiative inutile ou même dangereuse pour la paix
de leurs ateliers. Ils demeurent dans l'expectative jusqu'à ce que
le législateur ait pris une décision définitive et
veulent connaître la charge que leur imposera l'État, avant
d'en accepter une de leur propre volonté.
Ce sont les pays de race latine qui offrent, à
coup sûr, le plus bel ensemble d'institutions patronales, et il n'est
pas téméraire d'affirmer que la France marche au premier
rang parmi eux. Les apys de race germanique ont essayé de venir
en aide à leurs salariés par d'autres moyens : d'abord par
l'association libre, puis plus récemment, par l'assurance obligatoire
et le socialisme d'État. Les pays de race anglo-saxonne ont adopté
la théorie du travail-marchandise ; une fois payé
le salaire, prix du travail, le patron ne doit rien de plus et se désintéresse
complètement du sort du salarié. C'est à celui-ci
qu'il appartient de se montrer prévoyant, s'il le juge à
propos, et d'avoir recours à l'association avec ses semblables pour
conjurer les effets du sort contraire. Aussi, dans ces pays, les associations
de prévoyance entre travailleurs sont-elles exceptionnellement florissantes.
Enfin, les pays de race slave partent d'un principe semblable à
celui qui guide les pays de race latine, mais leurs institutions patronales
ne présentent pas encore la même variété, ni
la même ampleur
[...]
Pour rester dans le cadre spécial attribué
à la Classe 109, je m'attacherai surtout à passer très
rapidement en revue les formes d'institutions patronales qui présentant
plus particulièrement le caractère d'oeuvres de prévoyance.
En premeier lieu, nous rencontrons, dans cette catégorie,
les secours aux malades. Comme la maladie est, en principe, un fait indépendant
du travail professionnel, les patrons se sont fréquemment abstrenus
de concourir pécuniairement aux dépenses occasionnées
par lui. Ils se sont bornés à encourager moralement, ou par
un don unique, la création de sociétés de secours
mutuels. Mais, dans bien d'autres cas, ils ont au contraire subventionné
régulièrement ces sociétés. Quelquefois même,
ils ont pris entièrement à leur charge les caisses de secours.
En outre, lorsque l'entreprise est assez importante, elle possède
souvent des médecins appointés par elle, qui soignent gratuitement
tout le personnel et même la famille de tous les employés
et ouvriers attachés à l'établissement.
Les secours temporaires ou permanents aux victimes d'accidents
formaient jadis une des branches ds oeuvres patronales. Mais aujourd'hui,
la loi du 9 avril 1898 est venue régler les droits et les devoirs
réciproques de l'ouvrier et du patron. La réparation des
accidents est donc devenue l'une des charges financières de l'entreprise
et n'a plus rien de commun avec les institutions qui nous occupent en ce
moment.
[...]
J'arrive maintenant à la gestion des institutions
patronales de toutes sortes. Elle est quelquefois assumée par le
patron seul. Mais alors, celui-ci devient suspect aux participants, qui
ne peuvent aisément croire à son désintéressement
et qui l'accusent volontiers de vouloir les exploiter. La défiance
du personnel est surtout accusée lorsque le patron est une société
anonyme, être invisible et presque irresponsable, qui ne se présente
pas sous une forme tangible aux salariés.
Pour éviter de transformer ainsi une oeuvre de
paix sociale en une cause de mésintelligence et de querelles incessantes,
bien des patrons associent, dans une certaine mesure, les délégués
des participants aux représentants de l'autorité patronale,
pour former les conseils d'administration de leurs institutions.
D'autres vont encore plus loin dans la voie du libéralisme
et laissent aux participants seuls le soin de gérer les oeuvres
créées à leur profit. Ce dernier système est
celui qui plaît le mieux aux salariés, très satisfaits
de s'affranchir de toute tutelle. Je me hâte d'ajouter qu'il donne,
en général, d'excellents résultats, car les participants
se montrent très soucieux de leurs intérêts collectifs
et les administrent très sagement, lorsqu'ils sont suffisamment
éclairés sur les questions soumises à leur jugement.
C'est ainsi que l'ancien patronat patriarcal et paternel se transforme
peu à peu en un nouveau patronat libéral.
[...] |